| Avant
d'être mis sur
le marché,
tout lanceur doit
être qualifié.
Cette reconnaissance
indispensable ne s'arrête
pas, cependant, le
jour du premier vol
commercial, loin de
là. Les différents
éléments
qui composent le lanceur
subissent en effet
des contrôles
réguliers;
ceci afin de pouvoir
garantir la qualification
du lanceur tout au
long de sa phase d'exploitation.
Et c'est le programme
de l'Agence spatiale
européenne
(Esa) dénommé
ARTA (Accompagnement
et Recherche Technologique
Ariane) qui joue ce
rôle pour le
lanceur européen.
Pas moins de douze
pays de l'Esa y participent.
Le
but premier des
essais ARTA est
de vérifier
le bon comportement
d'un spécimen
par rapport à
sa qualification.
Mais il s'agit également
de tester les améliorations
et de traiter correctement
les éventuelles
obsolescences. Des
essais de prélèvement,
effectués
à intervalles
réguliers
sur la production,
permettent d'atteindre
ces objectifs.
Un
exemple tout particulier
du programme ARTA
va nous être
fourni le mois prochain.
Le 8 novembre en
effet est prévu
l'essai à
feu d'un propulseur
d'Ariane 5 (dit
MPS pour moteur
à propergol
solide) au banc
d'essai des accélérateurs
à poudre
(BEAP) du CSG. Cet
essai sera le troisième,
après les
tirs à feu
ARTA 1 du 16 mai
2000 et ARTA 2 du
20 novembre 2001.
En
préparation
du "lot PA"
Le propulseur MPS
ARTA 3 qui sera
testé en
novembre est le
premier spécimen
de production dans
la configuration
dite "viroles
soudées".
Les trois segments
du propulseur sont
en effet composés
chacun de plusieurs
viroles qui étaient
jusqu'à présent
boulonnées
entre elles.
Ce tir à
feu est particulièrement
important pour l'évolution
des performances
du lanceur Ariane
5. En effet, le
lot de production
PA va introduire
le nouveau procédé
de fabrication des
segments par soudure
des viroles élémentaires.
Cette technique
permet de réduire
la masse du lanceur
et donc d'embarquer
une charge utile
plus importante.
Le décollage
du premier lanceur
de cette série
est prévu
en 2006.
Les objectifs de
l'essai ARTA 3 sont
de qualifier et
de vérifier
les principales
améliorations
suivantes:
" Configuration
de corps de propulseur
nu en viroles soudées.
Cette méthode
de fabrication supprime
les liaisons boulonnées
des viroles. Ceci
permet d'une part
l'optimisation du
processus de fabrication
ainsi qu'une meilleure
tenue structurale
et d'autre part
un gain de performances
du lanceur.
" Segment S1
surchargé.
Testé une
première
fois lors de l'essai
ARTA 2.
" Nouvelle
protection thermique
de face interne
(PTFI-3D). Constituée
d'une membrane monobloc,
cette protection
sera testée
sur le segment S3.
Elle contribue à
la réduction
des oscillations
de poussée
et donc des contraintes
dynamiques induites
sur le lanceur.
" Nouvelle
tuyère P2005.
Celle-ci intègre
des modifications
suite aux obsolescences
de la tuyère
P2002 testée
sur l'essai ARTA
2. Elle permet également
des réductions
de coûts (optimisation
de la protection
thermique du divergent
amont).
" Nouvelles
méthodes
de fabrication.
Ceci afin de permettre
la réduction
des coûts
des matériaux
de gomme EG2 et
GSM55B utilisées
comme protections
thermiques sur les
segments S2 et S3.
Dans
un souci permanent
de se prémunir
contre toute interruption
de production -
et pour faire suite
à l'accident
de l'usine de perchlorate
du fournisseur SME
à Toulouse
- une seconde source
d'approvisionnement
de propergol sera
qualifiée
à l'occasion
de l'essai ARTA
3. Le propulseur
sera donc chargé
à la fois
avec du perchlorate
SME ainsi qu'avec
du perchlorate de
seconde source (d'ailleurs
déjà
testé lors
du précédent
essai).
On
peut encore citer
quelques-unes des
obsolescences qui
seront testées
lors du tir de novembre
prochain :
" Nouveau tissu
en silice phénolique
entrant dans la
fabrication du divergent
aval.
" Nouvelle
membrane en silicone
moulée sur
la tuyère.
" Nouveau procédé
de fabrication du
carter de la tuyère
moulé en
aluminium (au lieu
de forgé
précédemment).
" Nouvelle
graisse servant
de barrière
thermique dans les
liaisons du MPS
et de la tuyère.
Evolutions
futures
Le respect des réglementations
européennes
oblige par ailleurs
à qualifier
une nouvelle peinture.
Servant de protection
anti-corrosion à
la partie structurale
interne en acier
du spécimen,
cette peinture permet
également
de coller la protection
thermique interne.
Les
évolutions
futures des propulseurs
ne sont pas oubliées.
Ainsi, un nouveau
matériau
de gomme EG2, destiné
à remplacer
le matériau
actuel GSM55B, sera
testé sur
le segment S3. D'autre
part, un nouveau
matériau
EG11 pour les protections
thermiques sera
expérimenté
sur le segment S1,
ainsi que partiellement
sur les segments
S2 et S3.
Instrumentation
Parmi les moyens
de mesure utilisés,
citons des mesures
ultrasons qui permettront
de mesurer l'épaisseur
de propergol brûlé.
Au chapitre des
nouveautés,
de nouveaux capteurs
à courant
de Foucault seront
également
implémentés
afin de mesurer
le déplacement
de la nouvelle protection
thermique de la
face interne du
spécimen.
Le
BEAP adapté
La campagne d'essai
ne concerne pas
uniquement le propulseur
en question. Elle
se prépare
aussi au sol. Ainsi,
le BEAP a été
réactivé
le 24 mai dernier.
Le retour d'expérience
découlant
de l'essai ARTA
2 a permis d'y apporter
des modifications.
La canne de refroidissement
en azote a été
remplacée
par une canne à
eau et des portes
en forme de rideaux
de protection permettant
d'abriter le propulseur
en cas d'intempéries
ont été
installées.
Enfin, le système
de sécurité
a été
adapté avec
la mise en place
de couteaux à
doubles pointes
qui doivent empêcher
l'envol du propulseur
suite à la
rupture éventuelle
d'un segment pendant
l'essai.
La
campagne a démarré
en mai avec la recette
des segments S2
et S3 et leur chargement
en propergol, en
juin, par Regulus
au CSG. Le segment
S1, le seul à
être chargé
en Europe, a été
envoyé à
Kourou en juillet
(en même temps
que la tuyère
P2005) et recetté
en août. Début
septembre, les éléments
du spécimen
ont été
transférés
au Bâtiment
d'intégration
propulseurs (BIP).
La campagne se déroule
de manière
nominale. Une fois
les essais terminés,
l'exploitation des
résultats
durera plusieurs
mois et comprendra
l'expertise, entre
autres, de l'érosion
du col de la tuyère.
Cet
essai à feu
revêt donc
une importance toute
particulière
pour le programme
Ariane 5. Il permettra
en effet de tester
et de qualifier
plusieurs améliorations
et modifications
s'inscrivant dans
le cadre du prochain
lot de production
PA. En contribuant
à réduire
les coûts
de production et
en maintenant la
qualification du
lanceur en phase
d'exploitation,
le programme ARTA
permet ainsi de
confirmer Ariane
5 sur le marché
mondial très
concurrentiel des
lanceurs commerciaux.
Photo:
Tuyère.jpg
Vue de la tuyère
tronquée
du moteur à
propergol solide.
© Snecma Propulsion
Solide
3
Questions à
Jacques Bertrand
responsable
de la Sous-Direction
Sol du Cnes en Guyane
En quoi consiste
la participation
de la Sous-Direction
Sol du Cnes dans
ce programme, et
plus précisément
dans la mise en
oeuvre de ce 3ème
essai
La Sous Direction
Developpement Sol
de la Direction
des Lanceurs du
Cnes participe au
programme ARTA à
deux niveaux :
- En tant que maître
d'uvre des
modifications du
banc d'essai (BEAP)
pour l'adapter aux
objectifs de l'essai
ARTA3. La maîtrise
d'uvre du
programme ARTA a
été
confiée par
l'Esa à la
Direction des lanceurs
du Cnes. Les aspects
concernant le BEAP
sont traités
par la DLA/SDS.
- En tant que réalisateur
de l'essai ARTA3.
Le maître
d'uvre de
l'essai est Europropulsion
qui s'appuie sur
les autorités
techniques responsables
de la fabrication
du MPS ARTA : EADS,
Avio, Snecma, Man
et SME. Europropulsion
définit les
objectifs de l'essai
et fabrique le spécimen
à essayer.
La SDS est chargée
de l'exécution
de l'essai et de
la fourniture des
résultats
d'essai.
Concrètement,
comment avez-vous
préparé
le BEAP à
cet essai
Les modifications
du BEAP ont été
définies
est étudiées
deux ans auparavant.
Le BEAP était
en sommeil depuis
le dernier essai
(ARTA2 en novembre
2001) et les premiers
travaux ont commencé
en juin 2003 pour
s'achever fin septembre
2004. Ces travaux
consistaient à
:
- remplacer les
anneaux de sécurité
par des couteaux
de sécurité,
- installer des
portes à
rideaux sur les
trois faces ouvertes
du banc,
- améliorer
le fonctionnement
de la canne de refroidissement,
- créer une
zone climatisée
au niveau de la
tuyère du
MPS,
- et enfin traiter
les obsolescences
du banc de contrôle.
De plus, nous en
avons profité
pour anticiper les
adaptations du banc
pour le P80 (1er
étage de
Vega).
La
préparation
du BEAP pour l'essai
proprement dit a
commencé
en juin 2004 avec
l'arrivée
de l'équipe
d'essai, constituée
d'une quinzaine
de personne du Cnes
et des sociétés
Clemessy, Man, Peyrani
et Vitrociset.
Dans un premier
temps, il a fallu
procéder
au "reveil"
du banc. Il s'agissait
de mettre en configurations
mécaniques
et fluides des installations
d'essai et de réaliser
les contrôles
réglementaires.
Ensuite, l'équipe
d'essai a validé
les modifications
du banc pour le
P80 grâce
à la mise
en place d'une maquette
représentative
(l'ILM). En parallèle,
les équipes
mesures ont réalisé
le déploiement
des moyens d'acquisition
auxquels viennent
s'ajouter des mesures
technologiques de
type ultrason et
courant de Foucault.
En particulier,
la mesure de la
poussée du
MPS, qui est un
des paramètres
principaux de l'essai,
a été
réactivée.
Le dispositif de
mesure de la poussée
est un équipement
de 20 tonnes qu'il
faut étalonner
sur place. Cette
opération
a eu lieu à
la mi septembre.
Globalement, 370
mesures seront enregistrées
pendant l'essai
ARTA3.
D'autre part, il
a fallu reprendre
les validations
de toutes les procédures
automatiques sur
le nouveau banc
de contrôle
: procédure
de réception
des chaînes
servogouvernes et
séquences
de tir.
Enfin, le carneau
a été
vidangé pendant
1 mois et demi et
il a été
expertisé
pour s'assurer qu'il
est en état
pour l'essai.
Quelles
actions devrez-vous
réaliser
après l'essai
Il faudra fournir
tous les résultats
dès le lendemain
du tir. Les équipes
d'exploitation travailleront
sur place, en Guyane.
En outre, le plan
de mesures d'impact
environnemental
sera exploité
par la sauvegarde
du CSG.
Des inspections
de du MPS après
l'essai sont aussi
prévues.
Le démontage
du MPS segment par
segment sera pris
en charge par Europropulsion
et les segments
seront transportés
à l'UPG pour
des expertises fines.
Le banc sera bien
sur remis en état.
Un essai à
feu est toujours
très agressif
pour les installations
et il faudra réparer
et nettoyer toutes
les zones impactées.
Les eaux du carneau
polluées
par l'essai à
feu seront neutralisées.
Enfin, le banc d'essai
sera remis en sommeil
en attendant le
prochain essai qui
devrait être
le premier essai
du P80, au dernier
semestre 2005.
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