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Dossier environnement
Chaque geste compte
Par Marie-Laure Mandin
L'activité spatiale contribue à l'étude de l'environnement grâce aux satellites d'observation. Ils nous permettent de mieux connaître et mieux gérer et protéger l'environnement à l'échelle planétaire. Mais cela a un coût écologique. Les activités spatiales, comme toutes les activités humaines et industrielles consommant de l'énergie, sont polluantes.
Ce dossier permet de faire le point sur les mesures prises par le CSG pour protéger l'environnement en réduisant au maximum les pollutions. Elles sont aujourd'hui quantifiées, grâce, notamment, à la démarche de certification ISO 14001...

Il est important de rappeler que la démarche de certification ISO 14001 n'est pas obligatoire mais volontaire. Elle permet un état des lieux très détaillé des sites ou activités présentant un [à] risque pour l'environnement. Une fois cette analyse faite, l'objectif est de définir un programme afin d'identifier les actions, les ressources et les moyens nécessaires pour réduire voire éliminer tous les impacts environnementaux significatifs.

Une attention particulière et rigoureuse est évidemment apportée au transport, stockage et remplissage des matériaux nécessaires à la propulsion des lanceurs et des satellites.
Les transports sont sécurisés au maximum : planification, information des autorités concernées, camions adaptés, chauffeurs qualifiés, vitesse réglementée, escorte de gendarmerie et/ou du Service Transport du Cnes. Pour éviter les risques sur la route nationale, les matières dangereuses arrivent au port de Pariacabo. Le stockage est également sous haute sécurité.
Le stockage des ergols, [corps chimiques servant à la propulsion de fusées], se fait dans une zone indépendante, à accès limité et avec une zone de sécurité contrôlée. Une surveillance permanente est assurée par des détecteurs de fuites, pressions et incendie et la mise en place systématique d'astreintes.
Les rejets des produits, lors des remplissages des satellites, sont faibles, de l'ordre de deux à trois litres par satellite. Ils sont piégés et neutralisés. Pour réduire encore l'impact sur l'environnement, un dispositif se met en place progressivement. D'ici deux à trois ans, ces rejets ne seront plus brûlés mais éliminés par traitement bactérien, évitant ainsi toute pollution.
Un autre dispositif est en cours, comme l'indique Jean-Pierre Trinchero, chef du service Sauvegarde et Environnement : "Le Cnes développe actuellement une unité de traitement des effluents gazeux plus performante. Ce procédé, d'un meilleur rendement, diminuera les rejets, donc la pollution".

Lors des décollages d'Ariane 5, la combustion des ergols du lanceur (environ cinq cents tonnes) se disperse dans l'atmosphère.
Cette pollution reste néanmoins très ponctuelle (à chaque lancement) en regard de celles engendrées en continu par d'autres secteurs comme ceux de la circulation routière ou aérienne.
Le Cnes/CSG réalise chaque année des plans de mesure destinés à évaluer l'impact des lancements d'Ariane 5 sur l'environnement et dont les objectifs sont de :
> mesurer à chaque lancement les concentrations en acide chlorhydrique, peroxyde d'azote, produits hydrazinés, sur Kourou, Sinnamary, le Centre Technique et les sites d'observations des lancements,
> mesurer en champ proche (inférieur à un kilomètre de la zone de lancement) et en champ lointain (supérieur à six kilomètres), les teneurs en alumine, acide chlorhydrique ou en chlorure d'hydrogène,
> suivre la qualité des eaux des carneaux de la Zone de lancement,
> évaluer, sur certains lancements, l'impact sur l'avifaune, [la faune ailée], sur la végétation et l'évolution de la qualité chimique des eaux de la crique Karouabo.
Au niveau des retombées au sol, les concentrations en alumine et acide chlorhydrique (produits de combustion des étages d'accélération à poudre) sont conséquentes (encore une fois de manière temporaire) sur la zone de lancement, dans un rayon inférieur à un kilomètre. Au-delà, les valeurs des retombées sont très faibles. Cela s'explique, notamment, par la chaleur du nuage provoquée par la combustion des propergols et par la vitesse d'élévation du lanceur qui limitent considérablement les retombées au sol.
Ces mesures sont difficiles à effectuer. En effet, ce sont des quantités infimes qui doivent être détectées. De plus, le climat chaud et humide de la Guyane n'est pas favorable à ces mesures. Enfin, la latérite recèle naturellement une forte concentration en alumine, et les embruns marins, de grandes quantités de chlore.
Pour éviter tout amalgame, le CSG fait appel à des experts extérieurs, reconnus dans leurs domaines de compétences, pour réaliser ces plans de mesure. Des organismes tels que l'Inra (Institut National de la Recherche Agronomique), l'IRD (Institut de Recherche pour le développement), l'Ineris (Institut National de l'Environnement Industriel et des Risques), Hydreco pour la surveillance de l'eau et de la faune aquatique, et Ecobios pour l'avifaune interviennent ainsi dans le dispositif.

Les résultats de ces plans de mesure sont publics et consultables sur demande au Service Sauvegarde et Environnement ou de toutes les autres parties concernées par la protection de l'environnement tel le SPPPI (Secrétariat Permanent pour les Préventions des Pollutions Industrielles).
Jean-Pierre Trinchero est confiant quant à ces résultats. Si certains restent encore sceptiques sur leur fiabilité, et afin de mieux informer et communiquer à ce propos : "Nous projetons de vulgariser ces données afin qu'elles soient plus compréhensibles par tous, en interne au CSG comme pour le grand public."
De plus, des recherches sont menées sur la fabrication de produits moins polluants qui diminueraient l'impact environnemental et sur l'analyse des impacts à long terme sur l'atmosphère et la stratosphère.

La gestion des déchets, quant à elle, est gérée depuis deux ans par la société Endel, elle-même certifiée ISO 14001. Ces déchets concernent à la fois les déchets industriels spéciaux, présentant un risque pour l'homme et l'environnement (déchets chimiques, huiles, carburants, piles, pneus, …) et les déchets encombrants (ferrailles et autres). Ces déchets sont triés, stockés et conditionnés avant d'être expédiés vers différents centres de traitement en France hexagonale. Des certificats attestant de la réalisation effective du traitement sont ensuite transmis à la société Endel.

Le premier bilan de l'enquête pour la certification ISO a démontré, au grand étonnement de tous, et du premier concerné Jean Pierre Trinchero, que les efforts demandés concernent plus le comportement de chacun d'entre nous, que l'activité industrielle. En effet, c'est l'ensemble des économies d'énergie et des ressources naturelles qui doit être pris en compte : éteindre les lumières, ordinateurs, imprimantes lorsque ceux-ci ne sont pas nécessaires, diminuer la consommation de papiers, accentuer le réflexe du recyclage des piles, cartouches d'encre, privilégier la marche à pied au véhicule pour les petits déplacements, diminuer la vitesse, réduire la consommation de la climatisation, etc.
"En ce sens, le projet de certification ISO 14001 rapproche l'entreprise et la citoyenneté. Elle nous fait adopter, à l'une et à l'autre, un comportement permettant de protéger l'environnement et ce à tous les niveaux" précise Jean-Pierre Trinchero.
Prendre soin de l'environnement est donc l'affaire de tous. Au niveau de l'entreprise, cette certification doit permettre une amélioration de notre image, elle est un argument, parmi d'autres, face à la concurrence, et surtout elle permet de garantir l'avenir de notre planète.
"Il ne sert de rien à l'homme de gagner la Lune s'il vient à perdre la Terre." François Mauriac.

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Mise à jour le 24 novembre 2004