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Cafard : filiation lointaine avec l'arabe |
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Qu'il se trouve à la cuisine ou dans l'âme, le cafard est toujours
indésirable. Un "coup de cafard" marié à un zeste de dépression et tout
devient noir, à l'image d'un cafard remuant dans une assiette.
Tout le monde lutte contre le cafard. Les anti-cafards et les
psychanalystes. Les insecticides et les voyants. Mais le "coup de
blues", ce sentiment de malaise habituellement traduit par cafard (dans
l’expression populaire “j'ai le cafard”), déjoue tous les remèdes et
échappe à tous les diagnostics. Et que dire du cafard des créateurs (ou
le spleen des poètes) qui, lui, est plutôt d'origine existentielle!
Dans une acception moins courante, le cafard est également le mouchard,
celui qui, pour solliciter la reconnaissance des plus forts, n'hésite
pas à dénoncer ses propres amis, à trahir sa propre cause. C'est aussi
le bigot, le tartufe, celui qui affecte l'apparence de la dévotion.
C'est cette dernière signification qui semble être le plus en rapport
avec ce que les dictionnaires considèrent comme l'origine arabe de
Cafard, c'est-à-dire Kafir,
mécréant ou renégat. Cette filiation éloignée peut être étayée par les
connotations, toutes négatives, qui se sont rattachées au cafard tout
au long de ses mutations.
Le terme Cafard est attesté en France depuis le 16e
siècle. A une époque où l'on n'osait pas afficher son athéisme, les
faux dévots étaient légion. Et l'on peut imaginer qu'à partir du mot
arabe Kafir, une série de déviations phonétiques et
sémantiques se sont opérées, à travers le temps, permettant ces
glissements du mécréant au tartufe, du tartufe au mouchard et du
mouchard à l'insecte qui préfère se promener la nuit.
Le cafard provoque la peur, le dégoût, une peur mélangée de dégoût,
peur mystérieuse puisque démesurée au regard du "danger". Le roman n'a
pas manqué d'exploiter cette peur et bon nombre de romans noirs
associent à leurs titres le nom de cette petite bestiole: Coup de cafard (Delteil Gérard); Un Cafard pas possible (Bertrand Dorine); Les Cafards n'ont pas de roi (Weiss Daniel Evan), etc.
Et pour les amateurs de frissons métaphysiques (ou absurdes), on ne
peut que conseiller le petit bijou de Kafka, La Métamorphose, où un employé se réveille un jour pour se retrouver dans la peau d'un cafard!
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