Au sens propre ou au sens figuré, le terme "assassin" a pour synonyme : meurtrier,
criminel, tueur... En général, c'est quelqu'un qui a donné la mort à
quelqu'un d'autre. Avec préméditation. Une mort souvent réelle mais qui
peut être symbolique.
Il est fréquent de parler de mort politique, sociale... Mais aussi de la mort
du père, souhaitée, semble-t-il, par tout adolescent voulant s'affirmer
face au monde des "adultes". Aussi, il est courant d'évoquer le pouvoir
des mots lorsqu'il s'agit de mort symbolique. Les "paroles assassines",
les rumeurs, les calomnies, etc. peuvent se révéler aussi redoutables
que les armes.

Illustration Anastassia Elias
Une "oeillade assassine" n'est parfois rien d'autre qu'une volonté
d'assassinat qui n'ose pas s'assumer. Cela n'a évidemment rien à voir
avec la "mouche assassine", mouche noire que les dames se mettaient
au-dessous de l'oeil, sans doute pour "piquer" la jalousie d'un
soupirant.
Origine
Le terme assassin, attesté depuis le 13e siècle, semble être un
glissement phonétique de l'arabe : hachachîne , "consommateurs de
hachisch", herbe séchée hallucinogène. À l'origine, les hachachîne
est un ordre religieux musulman fondé, au 11e siècle, par Hasan
al-Sabbah, partisan du calife fatimide al-Mustansir. Ils étaient connus
pour leur hostilité à toute forme de légalisme et n'hésitaient pas à
défendre leurs idées par la terreur. Faisait partie de leur stratégie:
l'assassinat de personnages importants. Leurs ennemis étaient les Turcs
saldjuqides sunnites et les croisés chrétiens.
Il est probable que le terme assassins, qu'ont utilisé les auteurs
occidentaux dès l'époque des croisades, provienne de hachachîne
dont les auteurs sunnites affublaient les partisans de cette secte,
sous prétexte qu'ils se droguaient au hachisch. Les hachachîne
recherchaient, croit-on, l'extase dans la drogue.
Par ailleurs, l'écrivain libanais Amin Maalouf, dans son roman Samarcande,
utilise l'Ordre des assassins comme toile de fond historique servant à
consolider la vraisemblance de son tissu narratif.
Assassins et poètes
Selon le poète français Baudelaire, le hachisch provoque chez le sujet
hachachîne
deux phénomènes: d'abord, l'exaspération des sensations, qu'elles
soient de plaisir ou de douleur; ensuite et surtout, une expérience
unique de l'infini au sein de laquelle la personnalité tend à se fondre
dans un grand tout. Quant à son confrère Rimbaud, lorsqu'il annonce "le
temps des assassins" (c'est-à-dire des hachachîne), il prend
l'hallucination artificielle comme métaphore de la vocation poétique.
Tous les deux utilisent le terme hachachîne dans son acception le plus
proche de son origine. Il n'est pas question pour eux d'assassin dans
le sens contemporain du terme.
Pour l'arabe contemporain, un hachachîne
est soit celui qui pratique réellement le hachisch ou celui qui en
manifeste les effets hallucinatoires. Un hachach (singulier de hachachîne)
pris dans un contexte populaire et dialectal, n'est pas uniquement
celui qui "nage sur un nuage" de hachisch mais aussi celui qui, pour
une raison ou pour une autre, a perdu la tête, celui qui "plane", qui a
perdu le sens des réalités, sans que la cause en soit forcément la
consommation du hachisch.
Un hachach contemporain est soit un vrai drogué, soit un maboul
(mahboul,
en arabe), soit... un poète. Et le sens populaire attend du poète, pour
réussir sa vocation et son image, qu'il soit un peu décalé, un peu
"dérangé", à la manière d'un hachach pour qui la réalité ne représente
qu'un point de passage éphémère entre deux cures d'évasion.
Jean Elias
Le 17 janvier 2002
Publié sur le site de l'association Omar Le-Chéri
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